Le Petit Chaperon Jaune

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Le Petit Chaperon Jaune

Adapté du conte Le Petit Chaperon rouge, de Perrault

 

Il était une fois un petit chaperon jaune qui avait la jaunisse. On l’appelait ainsi car elle portait un petit chaperon jaune qui seyait si bien à son teint jaunâtre qu’on avait l’impression qu’il se fondait dans sa peau.

Un jour qu’il faisait un soleil de plomb, sa mère l’envoya apporter à sa grand-mère une bouteille de whiskey, censé revigorer la vieille dame qui avait attrapé la jaunisse de la petite-fille à l’insu de sa famille, qui attribua son mal-être à une maladie de langueur :

  • N’oublie pas, ma chérie, que ton ictère est contagieux. Ne contamine pas ta grand-mère, elle est déjà assez faible comme ça. Et ne t’approche pas des personnes que tu rencontreras dans la forêt, pour les mêmes raisons.

La petite fille, très obéissante, se dirigea vers les bois, évitant ainsi toute civilisation. Alors qu’elle se promenait dans la forêt, un étrange personnage vint à sa rencontre.

  • Chère petite fille, je me nomme Maître le Loup et toi ? dit le loup en lui tendant sa patte.

Pensant que les recommandations de sa maman ne désignaient que les Humains, elle la lui serra vigoureusement.

  • Moi je m’appelle le petit Chaperon Jaune. Je me rends chez ma grand-mère qui vit à l’orée du bois, voulez-vous m’accompagner ? Je m’ennuie toute seule.
  • Si tu veux, on peut faire un jeu. Le premier qui arrivera chez ta grand-mère aura gagné.
  • Ah oui, ce serait génial ! J’adore les jeux.
  • D’accord, prends ce chemin, dit-il en lui indiquant le chemin le plus long. Et moi, je prends celui-là (il lui désigna le chemin le plus court).

La jeune fille partit en gambadant, mais dut se cacher quelques minutes : un groupe de jeunes se baladait ; elle ne voulait pas risquer de les contaminer !

Pendant ce temps, le loup était déjà arrivé chez la grand-mère. Sans même prendre la peine de frapper, il entra et avala la grand-mère d’une seule bouchée. Aussitôt après, sans vraiment savoir pourquoi, il se sentit un peu faible ; il l’attribua à une mauvaise digestion. Il prit la place de la grand-mère et se coucha en attendant la petite fille. Trente-cinq minutes plus tard, voilà qu’elle frappait à la porte.

  • Tire la bobinette et la chevillette cherra…. Euh, non… cherre la bobinette et… oh non c’est pas ça… oh et puis passe par la fenêtre.

La petite fille, nullement étonnée par les imprécisions de sa prétendue grand-mère, obtempéra. Elle s’installa à la table et commença à discuter avec le loup. La seule raison pour laquelle l’animal ne l’avait pas encore mangée était qu’il se sentait un peu ballonné et qu’il avait du mal à digérer la grand-mère (mais nous, nous savons que c’étaient les effets de la jaunisse). Après une conversation où il était question d’yeux, d’oreilles et de dents, le loup se sentit mieux et avala le Petit Chaperon Jaune d’une bouchée, comme la grand-mère. L’histoire aurait pu se terminer comme ça, comme dans le conte original, mais elle choisit un tout autre dénouement. Le loup, qui avait attrapé l’ictère de l’enfant, se sentit au plus mal en ayant avalé deux personnes aussi atteintes. Ne pouvant les supporter plus longtemps, il les recracha. Les victimes, heureuses d’avoir survécu, fêtèrent l’évènement en buvant le whiskey. Au bout d’un moment, elles se dirent qu’un bon repas accompagnerait bien l’alcool.

  • Qu’est-ce que tu penses de ça ? dit le Petit Chaperon Jaune en montrant le loup.
  • C’est une bonne idée, approuva la grand-mère.

D’un commun accord, elles le mangèrent. Mais loin de calmer leur faim, le loup leur ouvrit l’appétit.

Lentement, elles se regardèrent. On pouvait déceler une lueur prédatrice dans leurs yeux.

 

Moralité 

Les plus forts ont tendance à croire que les plus faibles sont impuissants face à eux. Cependant, là où ils s’y attendent le moins, les plus faibles peuvent utiliser des armes redoutables.